Violences éducatives ordinaires : le trésor de la parentalité solidaire.

La Convention relative au Droit de l’Enfant (CDE) adoptée par l’ONU en 1989, et ratifiée par la France dès 1990, définie la maltraitance infantile comme étant «toute forme de violences, d’atteinte ou de brutalités physique et mentales, d’abandon et de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle».

Si peu d’entre nous reconnaissent leurs agissements au travers de cette définition, il n’en demeure pas moins que la partie « toute forme de violences, d’atteinte ou de brutalité physique ou mentales » peut nous amener à réfléchir plus profondément sur notre positionnement en tant que parent et/ou référent d’un enfant.

Nous sommes tous « maltraitants » à notre manière, suivant ce que déclenche chaque enfant en nous, selon les moments, les conditions…

Même si on essaye de parler doucement à nos enfants, en reformulant de façon positive.

Même si on essaie de respecter leurs rythmes et leurs besoins.

Même si on travaille du mieux que l’on peut sur notre part d’ombre et sur les mécanismes qui mettent en danger le lien avec nos enfants.

Le but de cet article n’est pas de fustiger ou de culpabiliser, juste de poser un constat :

Nous sommes tous , selon les enfants, les conditions ou les situations, susceptibles de faire vivre de façon consciente ou non la violence éducative ordinaire aux enfants que nous accompagnons.

« La Violence Éducative Ordinaire (plus souvent nommée « VEO »), est la violence (physique, psychologique ou verbale) utilisée envers les enfants à titre éducatif (corrections, punitions) communément admise et tolérée (« ordinaire »). Plus simplement : claque, fessée, tape mais aussi humiliation, chantage affectif et autres. » (site Stop VEO)

L’idée n’est pas ici de réfléchir sur le pourquoi nous n’arrivons pas à sortir de cette violence , la réponse est multifactorielle et il nous faudrait sûrement bien plus d’un livre pour en faire le tour.

Ce que je voudrais toucher du doigt ici c’est notre réaction , nos défenses face à notre propre violence et le fait qu’ elles nous empêchent de nous appuyer les uns sur les autres dans une parentalité solidaire et complémentaire.

C’est douloureux de reconnaître notre propre violence , de faire vivre à nos enfants ce qu’on s’était dit qu’ils ne vivraient jamais ou de découvrir , après coup, que ce que nous étions sûrs de faire « pour leur bien » à abîmé notre lien si précieux et nié leurs besoins.

Alors des fois, pour se rassurer, pour se sentir meilleurs parents on va fustiger cette mère que l’on voit au parc et qui ferait des choses que nous, jamais au grand jamais nous ne ferions, ou ce père qui fait vraiment « pire que nous ».

Si je l’écris aujourd’hui c’est parce que je l’ai beaucoup fait, notamment lorsque ma première fille était bébé et bambine puis, lorsque la fratrie a grandi et que je sentais que je m’éloignais de cette mère que j’aurais voulu être.

En fait, tout le monde y perd : le parent que l’on juge parce que, vraiment, il n’a pas besoin de notre regard accusateur à ce moment-là (surtout s’il se « voit » dérailler mais n’arrive pas à faire autrement) et nous-même parce que plutôt que de regarder la scène « de l’extérieur » il serait certainement plus profitable de voir ce que cela produit en nous ,« à l’intérieur ».

Et si, ce parent était le reflet exalté de nos défauts soigneusement occultés ?

Ou est-ce au contraire notre « point de force » qui est mis en lumière ? : « Moi jamais je ne donnerais une fessée » et qui vient  contre-balancer les phrases blessantes, les cris, les punitions, les récompenses ou le chantage que l’on peut utiliser par moment ?

Toujours est-il que ces mécanismes inconscients nous empêchent de reconnaître notre propre violence et nous coupent d’un trésor : l’appui de nos pairs.

Il y a des parents qui donnent des fessées mais qui jouent des heures durant avec leurs enfants, il y a des parents qui n’utilisent pas de châtiments physiques mais qui ont mal au crâne à la simple pensée de jouer aux Playmobils, il y a des parents qui n’arrivent pas à serrer leurs enfants fort dans leurs bras mais qui remuent ciel et terre pour les accompagner quand ils sont en difficulté, il y a ceux qui forment un joli cocon familial douillet et rassurant mais qui sont incapables de porter la voix de leur enfant face à l’autorité (école, adultes aux paroles blessantes)…

Et si au lieu de s’opposer on en faisait une force ? Si on était solidaire et complémentaire les uns des autres ? Si on pouvait s’appuyer sur ce qui nous plaît chez les autres pour tenter de ramener ces petits bouts de bonheur chez nous ? Si on s’autorisait à dire ouvertement qu’on sent qu’on va être violent physiquement ou moralement avec notre enfant et que l’on passait le relais à un autre parent/accompagnateur qui n’a pas, lui, cette difficulté à ce moment là ?

Je remercie la maman qui m’a montré comment on jouait vraiment (je veux dire à autre chose que des jeux à visée didactiques)

Je remercie la maman qui m’a fait vivre des moments de cuisine avec mes enfants et les siens sans crispations et avec plein de farine par terre

Et celle qui a chanté pour ma mini fille des heures durant lors d’un très éprouvant trajet en voiture

Je remercie ce professeur de Capoeira qui a eut cette patience et ce respect du rythme qui me manquait

Et ces amis qui ont partagés ces moments d’activités manuelles avec mes filles

J’essaierais d’y repenser , la prochaine fois au parc, au supermarché ou chez le médecin

Et si ce parent et moi on avait des choses à s’apporter, et si on pouvait s’appuyer les uns sur les autres pour sortir de la violence éducative ordinaire ?

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